PRIX GONCOURT 1910 : Louis PERGAUD

 

par Gérard Hartalrich 

 

  En 1910 (8 décembre), le résultat ne fut acquis qu'après trois tours de scrutin.

Au premier tour, Guillaume Apollinaire (L'Hérésiarque et Cie), eut trois voix ; Colette Willy (La Vagabonde), deux ; Marguerite Audoux (Marie-Claire), une découverte de Mirbeau, deux ; Poinsot (La joie des yeux), deux ; Pergaud (De Goupil à Margot, une. Au second tour, Louis Pergaud cinq et Gaston Roupnel (Nono), cinq ; au troisième tour, Louis Pergaud l'emportait avec six voix contre quatre à Roupnel.

......... « Décidément, dit "le Temps" (10 décembre), M. Lucien Descaves fait autorité à l'Académie des Goncourt. On ne lui résiste point. Il est sans exemple que son influence sur les Dix n'ait pas été décisive. On l'a bien vu hier soir : le volume qu'il a présenté a triomphé. »

......... Ce triomphe vint surprendre Louis Pergaud, instituteur-adjoint, au milieu des marmots auquels il faisait la classe à Maisons-Alfort.... Dans les loisirs que lui laissaient ses fonctions, il chantait en vers et en prose son pays natal -- la Franche-Comté, ses montagnes, ses bois et leur faune.

..........Curieux du monde animal, il s'était efforcé, suivant l'expression d'un de ses amis, d'écrire de façon suggestive l'histoire des pensées des bêtes.... Quelques jours après le vote, René Benjamin, futur lauréat, alla demander à Lucien Descaves, puis à Elémir Bourges, pourquoi il y avait eu trois tours de scrutin et pourquoi tous les élus du premier tour avaient disparu au second. C'était à croire qu'au second tour, il n'y avait plus les mêmes votants.

..........Lucien Descaves rassura René Benjamin : « A tous les Dix, dit-il, on n'envoie pas les livres et si Madame Colette Willy n'a obtenu que deux voix, c'est que tous les Dix n'avaient pas lu son roman. A partir du second tour, on ne s'est battu que sur des oeuvres connues de tous. »

..........De son côté Elémir Bourges déclara :

......... -- Mais, mon cher, c'est toujours ainsi. Nous votons délibérément, au premier tour, pour ceux qui ont le moins de chances.

..........-- Et alors ?

..........-- Alors, nous leur faisons une petite réclame.... C'est une compensation.

Texte tiré de : " Chronique de l'Académie Goncourt " L. DEFFOUX . 1929

 

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..........Louis Pergaud aura-t-il mérité ce prix Goncourt pour une prose qui n'incite pas à poursuivre l'ouvrage jusqu'à sa fin. Quoiqu'il en soit, à qui aura lu les quelques notes du lauréat rédigées en l'honneur de Lucien Descaves et dont les amis de L.Pergaud auront remémorées dans leur premier Bulletin de l'année 1965, il sera facile de découvrir le lien de connivence qui reliait les deux hommes. Il a été rapporté dans ce même bulletin que Pergaud considérait L.Descaves comme son père spirituel et ami très cher....En retour, l'auteur de la guerre des boutons glorifiait de chef d'oeuvre " Philémon, Vieux de la Vieille", un livre de son ami et juge parmi les "Goncourt", alors que la presse de l'époque donnait une toute autre appréciation de cet homme qui finira quelques années plus tard, par s'écarter de la table de chez Drouant, le célèbre restaurant dans lequel se situe le prestigieux salon Goncourt.

Un article révélateur de Lucien DESCAVES paru dans "Le CRAPOUILLOT" : Je sais les moyens dont certains disposent pour imposer leur choix. Je sais la presse qui est vendue et ceux qui sont à vendre; je n'y peux rien", article qui lui valut un procès intenté par Roland Dorgelès pour injures et diffamations. Le fameux pilier du Goncourt s'effondrait. Louis Pergaud, quant à lui, après avoir abusé ses proches sur les abords du Doubs et de la Loue, usait maintenant de sa terre natale qui l'avait refoulé vers l'éxil, afin de leurrer le lecteur, tout en s'abreuvant des contes d'autrui dans lesquels il tirait les grandes lignes. Benjamin Franklin avait ouvert la voie avec " L'Aigle et le Chat" que reprendra Pergaud, embellissant sa prose, dans "la fin de Fuseline" tout comme l'embellissement des quelques petites histoires que lui contait le "Papa Duboz" afin de les coucher sur la feuille encore vierge qui attendait, impatiente, son jour de gloire chez les "Goncourt".

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