Le tatouage dans l'histoire et la généalogie

 

 

La fiche signalétique, une mine de renseignements pour le généalogiste-historien

Une étude de cette fiche pourra nous faire mieux connaître notre ancêtre. Ici, par exemple, le signalement nous donne la couleur des cheveux, des yeux, un détail du front, du nez, du visage ainsi que la taille. Seront mentionnées également les remarques particulières comme les tatouages ou autres signes distinctifs. Ce sera ce feuillet signalétique qui m'aura dirigé vers une recherche un peu plus approfondie de cet art.

Le tatouage

Peinture corporelle pratiquée en Europe bien avant le néolithique. Symbole d'identification, culture mystique, bien souvent antisociale, aversion de l'astreinte ou tout simplement galerie d'art humain, démonstratif dans la belle saison. Monochrome incrusté en grande majorité chez les hommes, soldats, bagnards, truands des siècles derniers considérant qu'ils restaient seuls maîtres investis du pouvoir à dominer leurs corps face à l'autorité. Démonstration d'une puissance agressive protectrice du plus faible, ou encore exhiber sa foi pour une religion, l'amour d'une mère, une fille, un enfant. Exhorter la haine, la violence, revendiquer le pouvoir tribale, une vigueur érotique, réfuter le bien, le mal, l'humanité. Rituel de passage et d'acceptation au sein du clan .

Les tatoués affichent l'illusion de posséder une particularité mystique représentée par cet art décoratif , porteur d'un message au grand public par delà les quartiers, les villes, les mers, les océans, les continents. J'appartiens à telle famille, celle des tatoués, les durs, les vrais. Mort aux vaches, à celle que j'aime, à ma mère. Un cœur, une flèche, un soleil , parements indélébiles de pensée, amour, reconnaissance, mais aussi dévoilement de la personnalité.

Autrefois les bagnards et les marginaux réalisaient sur leurs corps mais d'une facture plutôt grossière des motifs aux idées toutes faites reproduits à grande diffusion. Des conditions de marquage plutôt précaires, aiguilles ou épingles de couturière, lames de rasoir et tout autre objet pointu ou tranchant pouvaient convenir. Du noir de fumée, la cendre de cigarette et de la brique finement pilée comme agent de coloration. Les infections et les complications qui s'en suivaient n'étaient pas rares vu les conditions d'hygiène observées pour la réalisation de telles opérations. De nos jours, avec nos prisons modèles, les conditions ne se sont guère améliorées. Les signes de reconnaissance et d'appartenance , expression graphique et symbolique ainsi réalisée, permettent encore une certaine notoriété dans le groupe, formation élaborée parmi les populations carcérales et marginales. Il en était de même dans les armées et plus particulièrement la marine. Aujourd'hui le tatouage exécuté par des spécialistes aidés d'un matériel très sophistiqué, représente de vrais œuvres d'art au symbolisme beaucoup moins puissant que par le passé. Des écoles se sont fondées afin de former les artistes parmi lesquels certains auront acquis une renommée internationale "es tatouage". La nostalgie d'un plus ou moins proche passé vécu par nos ancêtres, de véritables baroudeurs des mers, des terres qui auront influencé leur descendance pour le graphisme corporel mais non pas sur la réelle et profonde valeur découverte dans la mouvance des déplacements, des voyages. La jeunesse se montrera plus téméraire que nos aînés, c'est alors qu'elle adoptera le percing . Une mode, nous l'espérons passagère, sans avenir dégageant de minables effets tribaux, toquades cannibales et d'actualité.

Quelques témoignages recueillis chez d'anciens marins ne sauront donner la ou les véritables raisons d'une telle mutilation picturale sur leurs corps supports. Quarante jours de mer c'est long nous dira Claude Chemmelat, en partance pour l'Indochine en 1953, embarqué sur le Pasteur. L'ambiance aidant, je me suis fait tatoué sur l'épaule gauche un fer à cheval avec à l'intérieur le chiffre 13 qui correspond à la lettre "M" de l'alphabet. Madeleine, le prénom de ma femme. Autour il y a les quatre As, ce qui me permettait de tricher aux cartes en indiquant discrètement la couleur qu'il fallait jouer. Plus tard en indo, dans une déprime, sur le poignet gauche j'ai fait marquer " pas de chance ". Mes idioties se sont arrêtées là. Par contre, j'en ai connu qui se sont faits tatouer tous les noms des engins de débarquement de la flottille sur les bras. A l'époque on tatouait artisanalement avec quatre ou cinq aiguilles coincées sur un morceau de bois et de l'encre de chine. Je regrette de n'avoir pu aller à Colombo ou Singapour pour me faire tatouer. C'était des splendeurs. Maintenant je suis trop vieux. A ma connaissance, il n'y a jamais eu de problème d'infection. Les marins se tatouaient sûrement parce que cela faisait viril. Cela remonte à la marine à voile et c'est resté une tradition. Supposition gratuite de ma part.... Vers les années 1955 j'ai connu à Toulon un ancien légionnaire qui s'était reconverti dans la fabrique de sommiers et matelas. Il était tatoué du menton aux doigts de pieds .Ca démarrait autour du cou par l'inscription ( à découper suivant les pointillés ) Je ne peux pas dénombrer ce qu'il avait exactement. Un seul m'est resté en mémoire. Sur un mollet d'une jambe , il avait un chien en train de miser une femme. Quand il faisait marcher ses muscles c'était hallucinant. Il prenait des cuites phénoménales et dans les bars du bas quartier de Toulon pour quelques verres il se foutait à poil pour faire admirer ses tatouages. ... Albert Mata, ancien de la marine des années 1974 à 1979. Je me suis fait tatouer à Sydney un voilier sur le bras . D'autres marins de mon navire étaient avec moi, certains ayant projeté de se faire tatouer mais changeant d'avis au dernier moment. D'autres qui ne voulaient pas, au contraire, pris dans l'ambiance, l'ont fait. Personnellement je ne regrette pas, cela reste un grand souvenir et me rappelle ma jeunesse dans la marine. Je rajouterai que dans ce cabinet de tatouages, le tatoueur offrait une bouteille de vin (blanc) aux personnes qu'ils tatouaient pour leur faire oublier la douleur, bouteille que l'on buvait en quelques minutes à même le goulot, avec le bras disponible (nous étions plutôt euphoriques en sortant), et aussi, "fiers" d'être devenus de vrais marins à l'ancienne. Une sorte de tradition à l'époque où le tatouage n'était pas très répandu dans le civil et servait de mode de reconnaissance parmi les militaires (l'infanterie de Marine s'en faisait aussi beaucoup). Cela m'avait coûté 20$ australiens et pris 20 minutes. Mon tatoo est un voilier ancien, un trois mâts, voguant vers.....l'aventure. Le lieu où il fut exécuté est inscrit dessous dans un bandeau: Sydney ..(dans le quartier de King Cross qui a si bonne réputation auprès des marins). Il est sur mon bras gauche, près de l'épaule. A l'époque à Tahiti, il y avait je crois, juste un tatoueur polynésien qui tatouait en noir et blanc, des motifs traditionnels marquisiens. Aussi, les marins attendaient les escales à Hawaii ou en Australie pour se faire tatouer des motifs plus divers et en couleurs (crânes, animaux, bateaux, femmes....) Aujourd'hui il existe au moins un tatoueur professionnel à Tahiti, mais les prix ont beaucoup monté depuis que c'est la mode, et les motifs traditionnels polynésiens sont également redevenus à la mode (plus encore je crois que les motifs divers en couleur).

Matricule 057320773, Frances Jean-Pierre. Radio, embarqué sur l'aviso "Victor Schoelcher" puis sur le "Cdt Bourdais", Zone océan Indien. Tatoué sur les quais du port de Bombay en 1975 par un toubib. Prix du tatouage - un lot de savon de Marseille. Comment résister à un appel pareil ? Ce n'est pas le prix ni le dessin que je porte sur le haut du bras qui m'ont poussé à me faire tatouer un bateau style "Bounty", un concours de circonstance, un gars plus persuasif qu'un autre, la dérision et la surprise du "Deal". Matériel de fabrication artisanale - épingle /moteur BT. A l'époque, il était interdit de se faire tatouer. Le Bidel d'alors nous le faisait payer cher tous les matins en nous frictionnant énergiquement l'endroit où l'on s'était fait tatouer. C'était il est vrai un temps où il y avait très peu de "rapport" cela se terminait généralement par une bonne "rouste". Les incidents étaient généralement du à la mauvaise cicatrisation du tatouage, dans une région comme l'océan indien surtout vers Djibouti/ golfe persique/Inde/ où le taux d'humidité est important cela créait beaucoup de problème. Mais heureusement, comme nous avions droit après une escale à des doses de pénicilline, ou estancilline, ou kanamicine vu les MST contractées, cela servait aussi pour les tatouages. Sur l'ensemble des gens embarqués à l'époque a peu prés 70% se tatouaient.

- L'état de service d'un marin, un document qui le suivra tout au cours de sa carrière et qui mentionnera le déroulement des services de l'appelé comme de l'engagé, ainsi que son signalement et marques particulières. Ce sera sur ce document que seront détaillés les tatouages. Pour le matricule 4233529 mobilisé en 1929, Robert Caffot, le détail des dites marques particulières révèle soit une autorisation et acceptation des supérieurs pour le tatouage, soit un défit de l'intéressé envers ses chefs. Nous retrouvons notre matelot de 2è classe Robert affecté à l'unité marine de Saigon du 01.09.1930 au 12.03.1932. Tatouage bras droit une chinoise - Un crâne , deux tibias "fais moi rire" - Un croissant de lune - partie supérieure une lanterne - partie inférieure trois chats (?) - avant bras droit un papillon - un flic (?) un poignard entouré d'un serpent - bras gauche un lion, une tête d'apache, tête d'indien - avant bras gauche une pierre tombale avec croix - une étoile à cinq branches - une tête de femme "pas de chance" (tatouage non terminé) - poitrine, un manche de poignard, région cœur une fleur, pied gauche " Marche ou" - pied droit "crève" - mollet droit une danseuse - main gauche commissure pouce 3 points....Ces tatouages ont été faits de 1929 à 1934.......Un nombre impressionnant de ces dessins à encre incrustée, lesquels je me souviens encore, lui couvrait une grande surface de sa partie physique. Ce qui fera dire à un de mes correspondants, je cite: " je vois que ton beau-père avait gardé les traditions des vieux baroudeurs. A son époque , la marine , c'était la marine. Des durs de durs. "...

Pourrait-on lier le tatouage à la généalogie comme le serait un acte archivé qui finira fusionné à cette science. Pourrait-on penser alors un seul instant que ces hommes plus ou moins décorés des siècles passés auraient pu se faire peindre le corps avec l'espoir de laisser ou disons plutôt faire passer un message aux générations futures, leur descendance. Chaque individu désire laisser son empreinte afin que la succession puisse se souvenir. Il est vrai que le candidat au tatouage au moment de l'acte sera assez éloigné de cette pensée successorale, les intentions se créeront dans le temps et avec la montée en âge du personnage. Une nouvelle identité s'instaure. Les tatoués sont en général, peu bavards. Leurs gravures corporelles parlent pour eux.

Que la chance puisse nous sourire afin de rencontrer le plus grand nombre possible de ces fiches signalétiques.

Je remercie Claude, Jean-Pierre et Albert pour leurs témoignages, ainsi que Net-Marine pour le dépôt de mes annonces en recherche de témoins.

Gérard Hartalrich

 

Qui était L.P ?

 

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